L'Union européenne et les autorités congolaises ont acté le 19 mai 2026 à Kinshasa le lancement officiel de la « fenêtre-pays » du programme ElectriFI en République démocratique du Congo. Dotée d'une enveloppe de 15 millions d'euros, cette initiative financière ambitionne de soutenir le déploiement d’infrastructures de proximité (mini-réseaux, systèmes solaires domestiques). Ces investissements privilégieront des zones à fort enjeu de développement régional comme le corridor logistique de Lobito, le couloir vert Kivu-Kinshasa, ainsi que les parcs nationaux de l’Upemba et des Virunga.
Pour le gouvernement de la RDC, l'accélération de ce dispositif répond à un défi démographique et social : l'exécutif ambitionne de connecter près de 80 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030. Selon la direction générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), le taux d’accès à l’énergie dans le pays est passé de 9 % en 2016 à près de 22 % aujourd’hui. Une progression notable, mais qui met en relief l'immensité du chantier restant à accomplir dans cette nation de plus de 100 millions d’habitants, où l'étroitesse du réseau national bride encore l'essor industriel et agricole.
Amorcer les capitaux privés sur un marché jugé risqué
Le modèle opérationnel d'ElectriFI, géré par la banque néerlandaise FMO et EDFI Management Company, repose sur une ingénierie financière éprouvée pour surmonter ces blocages. En combinant l'assistance technique et les investissements à risque en phase de démarrage, le mécanisme agit comme un tiers de confiance indispensable. Son rôle premier est de viabiliser des projets de petite taille qui peinent traditionnellement à accéder aux circuits bancaires classiques, avec pour objectif ultime d'« attirer des capitaux privés vers des marchés considérés comme plus risqués ou insuffisamment financés ». Face aux besoins de financement abyssaux du secteur, le capital-risque public européen sert ici d'amorce pour rassurer les fonds institutionnels frileux.
Cette approche a été saluée par les autorités de Kinshasa, qui y voient une validation de leur politique d'ouverture aux opérateurs indépendants. Présent lors de la cérémonie de lancement, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, voit en ce financement européen un « signal fort » de confiance envers les réformes engagées. En emboîtant le pas à d'autres nations africaines, la RDC formalise ainsi sa stratégie de rechange en misant sur l'agilité des solutions décentralisées privées pour électrifier à marche forcée ses hubs logistiques isolés et ses zones rurales.
