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Glencore : les bénéficiaires camerounais des 10,5 millions € de pots-de-vin toujours dans l’ombre

vendredi, 18 septembre 2026 09:25
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Glencore : les bénéficiaires camerounais des 10,5 millions € de pots-de-vin toujours dans l’ombre

Alors que la justice britannique prépare le procès de six anciens responsables de Glencore, le volet camerounais de l’affaire reste en suspens. L’ancien bâtonnier Akere Muna demande que soient enfin identifiés les intermédiaires et bénéficiaires présumés des 10,53 millions d’euros de pots-de-vin que le géant du négoce pétrolier a reconnu avoir versés au Cameroun.

 

La comparution à Londres de deux anciens hauts responsables de Glencore relance le volet camerounais d’une affaire de corruption aux ramifications internationales. Dans une tribune publiée le 14 septembre 2026 sur X, l’ancien bâtonnier Akere Muna demande que soient enfin identifiés les intermédiaires et bénéficiaires présumés des paiements effectués au Cameroun. Sa prise de position intervient quatre jours après les plaidoiries de non-culpabilité d’Alex Beard et Andrew Gibson devant la Southwark Crown Court. Les deux anciens dirigeants contestent les accusations portées contre eux par le Serious Fraud Office (SFO) britannique. Leur procès, avec quatre autres anciens employés de Glencore, doit s’ouvrir le 4 octobre 2027.

 

Le dossier trouve son origine dans les pratiques de Glencore dans le négoce pétrolier en Afrique centrale et de l’Ouest. En 2022, Glencore Energy UK Ltd avait plaidé coupable de sept infractions liées à la corruption devant la justice britannique. Pour le Cameroun, le jugement de la Southwark Crown Court retient 10,53 millions d’euros de pots-de-vin versés entre mars 2012 et mars 2015 à des responsables de la SNH et de la Sonara. Selon la décision judiciaire, ces paiements visaient notamment à obtenir des avantages dans l’allocation de pétrole brut et l’achat ou la vente de produits pétroliers. La justice britannique avait alors condamné Glencore à des amendes et à une confiscation dépassant au total 276 millions de livres sterling, sans ordonner de compensation au Cameroun.

 

Londres poursuit les accusés…

 

Le nouveau volet judiciaire britannique porte désormais sur la responsabilité individuelle de six anciens salariés du groupe suisse. Alex Beard a plaidé non coupable à deux chefs de complot en vue d’effectuer des paiements corruptifs, dont l’un concerne des opérations au Cameroun, tandis qu’Andrew Gibson conteste quatre chefs similaires ainsi qu’une accusation de falsification de documents comptables. Quatre autres anciens traders de Glencore avaient déjà plaidé non coupable en novembre 2025 dans cette même procédure. Les accusations portent sur des faits présumés commis entre 2007 et 2014 au Cameroun, au Nigeria et en Côte d’Ivoire.

 

Pour Akere Muna, cette nouvelle étape judiciaire souligne surtout l’écart entre les poursuites engagées au Royaume-Uni et la situation au Cameroun. « À l’approche du procès d’octobre 2027, les noms des intermédiaires et bénéficiaires camerounais ne doivent plus rester enfouis dans les dossiers de preuve britanniques », écrit-il. L’avocat estime également que « l’acte d’accusation le plus flagrant ne réside pas tant dans ce qui se passe à Londres, mais plutôt dans ce qui ne se passe absolument pas à Yaoundé ». Il met ainsi au centre du débat la nécessité d’établir les responsabilités individuelles au Cameroun, sans préjuger de la culpabilité de personnes qui n’auraient pas été judiciairement mises en cause. Les documents de la justice britannique confirment l’existence d’un intermédiaire dont l’identité était protégée par des restrictions de publication dans la procédure initiale.

 

…Yaoundé en mode silence

 

Le Cameroun a néanmoins engagé des démarches judiciaires dans cette affaire. La SNH a saisi le Tribunal criminel spécial le 6 novembre 2023 afin de faire identifier les éventuels complices camerounais. Dans un communiqué signé début octobre 2024, l’Administrateur Directeur Général de la société publique, Adolphe Moudiki a réitéré son impatience de voir les juges du TCS ouvrir enfin l’enquête. À ce jour, les informations publiques disponibles ne font pas état d’aucune avancée dans ce dossier. Akere Muna considère cette situation comme une question de transparence et affirme que « la véritable justice exige que le voile d’opacité des entreprises soit levé à Londres, et que le bouclier de la protection politique soit démantelé à Yaoundé ».

 

Au-delà de l’identification des bénéficiaires présumés, l’avocat pose la question de la restitution des sommes liées au préjudice allégué. « Tandis que les trésors publics occidentaux ont empoché des milliards de dollars d’amendes de la part de Glencore, le peuple camerounais — véritable victime du pillage de sa richesse souveraine — n’a vu ni restitution financière, ni justice nationale », écrit-il. Le dossier illustre ainsi une problématique qui dépasse le seul Cameroun : celle de la capacité des États producteurs de ressources naturelles à poursuivre localement les bénéficiaires présumés de mécanismes de corruption sanctionnés à l’étranger.

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