À la tête de TotalEnergies EP Gabon depuis septembre 2023, Xavier Rouzeaud voit la filiale gabonaise du groupe français afficher une spectaculaire progression de sa rentabilité au premier semestre 2026. Derrière le bénéfice net en hausse de 132 %, les chiffres racontent toutefois une histoire plus subtile : celle d’un dirigeant qui cherche à tirer davantage de valeur d’un portefeuille pétrolier rationalisé, sans faire exploser les investissements.
1. Il dirige TotalEnergies EP Gabon depuis trois ans
Xavier Rouzeaud n’est plus un nouveau venu au Gabon. Nommé administrateur le 30 août 2023, il a pris ses fonctions de directeur général de TotalEnergies EP Gabon le 6 septembre de la même année. Son mandat a d’ailleurs été renouvelé pour deux ans lors de l’assemblée générale du 7 mai 2026, jusqu’à l’assemblée appelée à statuer sur les comptes de l’exercice 2027.
Son arrivée intervient dans une période où le groupe cherche à optimiser son portefeuille pétrolier gabonais plutôt qu’à courir après une croissance à tout prix. TotalEnergies EP Gabon reste un acteur historique du secteur, mais son portefeuille a été progressivement rationalisé. L’entreprise mise sur trois pôles d’actifs opérés au Gabon et un potentiel de production maintenu autour de 20 000 barils par jour.
Le décor est donc posé : à Libreville et Port-Gentil, le sujet n’est pas seulement de produire davantage. Il s’agit aussi de préserver la valeur économique d’actifs matures, de maintenir leur potentiel et d’en améliorer la performance.
2. C’est avant tout un homme du forage
Avant de devenir patron de filiale, Xavier Rouzeaud a passé une grande partie de sa carrière au plus près des opérations pétrolières. Formé à Supaéro, à Cranfield University et à l’Institut français du pétrole, avant de compléter son parcours par un MBA à l’Imperial College de Londres, il rejoint la branche Exploration-Production de TotalEnergies en 2001.
Son parcours le conduit notamment au Congo, en Russie, en Libye, en Angola et au Nigeria. En Angola, il dirige les activités de forage et de complétion sur plusieurs actifs majeurs, avant de rejoindre Total Upstream Nigeria comme directeur général Forage & Complétion. Il retourne ensuite au siège, où il devient directeur adjoint Forage & Puits pour le groupe.
Ce parcours donne une indication importante sur son profil de dirigeant : Rouzeaud est davantage un homme des opérations qu’un financier pur. Sa connaissance du forage, des installations offshore et des grands projets pétroliers constitue le socle de son approche de la performance.
3. Il a aussi travaillé à transformer TotalEnergies
Son passage par le siège parisien ne se limite toutefois pas aux activités pétrolières. À partir de 2018, Rouzeaud participe à plusieurs chantiers de transformation du groupe, portant notamment sur la simplification de l’organisation, la stratégie multi-énergies et sa mise en œuvre. Il devient ensuite vice-président de la production d’électricité flexible de TotalEnergies, fonction qu’il exerce jusqu’en 2023, avant son départ pour le Gabon.
Cette séquence est intéressante pour comprendre le profil du patron de TotalEnergies EP Gabon. Il ne s’agit pas seulement d’un spécialiste du pétrole passé du terrain à la direction générale. Son parcours l’a également amené à travailler sur la transformation du modèle de TotalEnergies, devenu un groupe multi-énergies.
Au Gabon, cette double expérience se retrouve dans les orientations affichées par la filiale : maintien du potentiel de production pétrolière, amélioration des performances opérationnelles, réduction du torchage et des émissions de méthane, mais aussi recherche d’opportunités dans les nouvelles énergies.
4. Sous sa direction, la rentabilité progresse beaucoup plus vite
C’est probablement le principal enseignement des résultats du premier semestre 2026. TotalEnergies EP Gabon a dégagé un bénéfice net de 51 millions de dollars, contre 22 millions un an plus tôt, soit une progression spectaculaire de 132 %. Dans le même temps, la production des champs opérés n’a augmenté que de 1 %, à 15 600 barils par jour.
Le contraste est encore plus frappant du côté des investissements. Les dépenses pétrolières ont reculé de 39 à 30 millions de dollars sur un an, soit une baisse de 23 %. Le chiffre d’affaires a lui aussi légèrement diminué, de 217 à 209 millions de dollars, tandis que les volumes vendus ont chuté de 35 %, à 2 millions de barils.
La performance ne vient donc pas d’une explosion des volumes. Elle repose avant tout sur la valorisation des barils produits dans un environnement pétrolier particulièrement favorable. Le prix moyen du brut commercialisé par TotalEnergies EP Gabon a atteint 96,9 dollars le baril au premier semestre, contre 68,5 dollars un an plus tôt, soit une hausse de 41 %. Le Brent s’est, lui, établi en moyenne à 92,3 dollars, contre 71,9 dollars au premier semestre 2025.
À elle seule, l’évolution de la position de stock a contribué positivement à hauteur de 65 millions de dollars au résultat. Cette manne a toutefois été partiellement absorbée par une hausse de 26 millions de dollars de la charge fiscale et par le recul de 8 millions du chiffre d’affaires.
5. Son équation gabonaise est désormais celle de la « discipline du capital »
C’est ici que les résultats financiers donnent une autre lecture du mandat de Xavier Rouzeaud. En apparence, TotalEnergies EP Gabon produit légèrement plus tout en investissant moins : +1 % de production sur un an, contre -23 % pour les investissements. Mais il serait prématuré d’en déduire que le dirigeant poursuit délibérément une stratégie consistant à « produire plus avec moins ». Les niveaux de production ont même reculé entre le premier et le deuxième trimestre 2026, de 16 100 à 15 000 barils par jour.
Le signal est ailleurs. Les investissements du premier semestre, limités à 30 millions de dollars, ont principalement porté sur des travaux d’intégrité des installations et des initiatives de production. Dans le même temps, la société a continué de défendre un potentiel de production autour de 20 000 barils par jour.
Rouzeaud semble ainsi devoir résoudre une équation classique pour une compagnie pétrolière opérant sur des actifs matures : comment maintenir le potentiel de production, prolonger la durée de vie des installations et générer suffisamment de trésorerie sans engager des capitaux disproportionnés ?
Les chiffres du premier semestre apportent un premier élément de réponse. En six mois, la filiale a généré 46 millions de dollars de flux de trésorerie d’exploitation, contre -183 millions un an auparavant. Elle a également distribué un dividende de 100 millions de dollars au titre de l’exercice 2025.
Pour Xavier Rouzeaud, l’enjeu des prochains mois sera donc moins de transformer TotalEnergies EP Gabon en machine à volumes que de démontrer qu’un portefeuille pétrolier rationalisé peut encore produire du cash, financer ses propres besoins et rémunérer ses actionnaires. Le véritable test de son mandat sera de savoir si cette amélioration de la rentabilité résistera lorsque les cours du pétrole seront moins favorables.
