Les États de la CEMAC ont levé 6 764,7 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics entre mars 2025 et mars 2026, soit une hausse de 18,7 % sur un an. Mais derrière cette progression, le financement repose largement sur les banques de la sous-région, qui détiennent près des deux tiers de l’encours, selon la BEAC. Analyse.
Le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) continue de gagner en importance dans le financement des budgets des États. Selon le Rapport sur la politique monétaire publié en juin 2026 par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), les six pays de la région ont levé 6 764,7 milliards de FCFA entre mars 2025 et mars 2026, contre 5 699,9 milliards un an plus tôt, soit une progression de 18,7 %. Mais derrière cette dynamique se cache une réalité plus structurelle : ce sont essentiellement les banques de la sous-région qui portent cette dette publique. À fin mars 2026, les spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), composés en grande partie d'établissements bancaires, détenaient 64,7 % de l'encours des titres publics, loin devant les investisseurs institutionnels (19,1 %), les autres établissements de crédit (12,1 %) et les personnes physiques (3,2 %).
Cette forte exposition des banques traduit le rôle stratégique qu'elles jouent dans le financement des États, dans un contexte où les besoins budgétaires restent élevés et où les financements concessionnels ou extérieurs se raréfient. Les émissions réalisées sur le marché régional se répartissent presque équitablement entre les bons du Trésor assimilables (3 283 milliards de FCFA), destinés à couvrir les besoins de trésorerie à court terme, et les obligations du Trésor assimilables (3 481,7 milliards de FCFA), qui permettent de financer des dépenses sur des horizons plus longs. Cette montée en puissance du marché régional renforce ainsi l'interdépendance entre les finances publiques et le secteur bancaire de la CEMAC.
Effet d’éviction
Cette situation n'est toutefois pas sans risques. En privilégiant les titres souverains, considérés comme peu risqués et rémunérateurs, les banques peuvent réduire les ressources disponibles pour le financement du secteur privé, notamment des petites et moyennes entreprises. Ce phénomène, souvent qualifié d'effet d'éviction, constitue un enjeu majeur pour des économies qui cherchent à stimuler l'investissement productif tout en faisant face à des déficits publics persistants. Il met également en lumière la nécessité de diversifier la base des investisseurs afin de limiter la concentration des risques sur le système bancaire.
Le rapport de la BEAC montre d'ailleurs que cette diversification reste limitée. Les compagnies d'assurance, les fonds de pension et les caisses de dépôts et consignations ne représentent qu'un cinquième des détenteurs de titres publics, tandis que les particuliers demeurent quasiment absents de ce marché. Pour les États de la Cemac, l'élargissement de la participation des investisseurs institutionnels et des ménages apparaît désormais comme un levier essentiel pour consolider le marché régional de la dette et réduire leur dépendance croissante à l'égard des banques.
