Le Cameroun s'impose comme le pays le plus dépendant du numéraire dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Selon le rapport 2023 sur les services de paiement de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), le pays a enregistré 10,47 millions de retraits bancaires en espèces, pour un montant cumulé de 10 732,7 milliards FCFA. Ces opérations représentent 41,5 % de l'ensemble des 17,9 millions de retraits recensés dans la sous-région, d'un total de 17 158,4 milliards FCFA.
Loin derrière, suivent le Congo (3,25 millions de retraits pour 3 201,4 milliards), le Gabon (2,81 millions pour 1 871,3 milliards), le Tchad (860 469 pour 1 018,5 milliards), la Guinée équatoriale (178 463 pour 225,5 milliards) et la Centrafrique (346 205 pour 108,9 milliards). La BEAC relève par ailleurs qu'en moyenne, chaque guichet bancaire de la zone effectue 24 283 opérations annuelles, pour une valeur moyenne par retrait estimée à 957 434 FCFA, un niveau supérieur à la norme communautaire.
Cette intensité d'utilisation du cash entre en contradiction avec la stratégie régionale de modernisation des paiements. En effet, depuis le règlement n┬░03/16/CEMAC/UMAC/CM du 21 décembre 2018, tout paiement supérieur à 500 000 FCFA devrait être effectué par voie scripturale. L'objectif de la BEAC est clair : réduire la circulation fiduciaire et encourager les transactions électroniques, gages de traçabilité et de transparence.
Mais cette préférence marquée pour les espèces n'est pas sans conséquence. Le Fonds monétaire international (FMI) et le Groupe d'action financière (GAFI) considèrent la manipulation massive de cash comme un vecteur de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. C'est dans ce contexte que, le 23 juin 2023, le GAFI a placé le Cameroun sur sa liste grise, signalant un risque accru et une surveillance renforcée. Une situation qui, si elle s'aggravait, pourrait compromettre les relations de correspondance bancaire internationale du pays et freiner les flux financiers avec l'étranger.
