Réunie le 15 décembre 2025 à Yaoundé, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de resserrer de nouveau sa politique monétaire. À l’issue de la dernière session de l’année de son Comité de politique monétaire (CPM), l’institut d’émission commun aux six pays de la Cemac a relevé de 25 points de base ses deux principaux taux directeurs, marquant ainsi la fin de la parenthèse accommodante ouverte en mars dernier. Une inflexion stratégique qui traduit l’inquiétude croissante de la banque centrale face à la dégradation des équilibres extérieurs de la sous-région.
La BEAC relève ses taux directeurs
Dans le détail, le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO), principal instrument de refinancement des banques commerciales, est porté de 4,5 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal, applicable aux financements de très court terme, passe de 6 % à 6,25 %. En renchérissant le coût de l’argent pour les établissements de crédit, la BEAC entend limiter la distribution de prêts à l’économie, avec pour corollaire attendu une hausse des taux débiteurs et un accès plus contraint au financement bancaire pour les entreprises et les ménages.
Contrairement aux cycles précédents, ce tour de vis monétaire n’est toutefois pas motivé par une poussée inflationniste. Avec une inflation estimée à 2,2 % en 2025, la Cemac repasse sous le seuil communautaire de 3 % pour la première fois depuis trois ans. La priorité affichée est ailleurs. Selon le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, l’objectif central est la préservation des réserves de change, en recul de 2,6 % sur un an. Au 31 décembre 2025, ces avoirs extérieurs s’établiraient à 6 377,3 milliards de FCFA, soit l’équivalent de 4,2 mois d’importations, contre 4,9 mois en 2024.
La banque centrale pointe notamment l’orientation des crédits bancaires vers le financement des importations, qui exerce une pression directe sur les réserves en devises, centralisées au sein du compte d’opérations commun à la Cemac. Une poursuite de cette érosion exposerait l’ensemble de la zone à des tensions sur les paiements extérieurs, voire à un ajustement monétaire en cas de franchissement d’un seuil critique. Consciente toutefois de la fragilité conjoncturelle, la BEAC a opté pour un relèvement mesuré de ses taux, afin de ne pas étouffer davantage une croissance déjà atone. En 2025, l’activité économique régionale est attendue à 2,4 %, en baisse par rapport aux 2,7 % de 2024, pénalisée par la contraction du secteur pétrolier. Un arbitrage délicat entre stabilité externe et soutien à l’économie réelle.
