A peine installé à la direction générale de Cimencam, Rachid Yousry prend les commandes d’un acteur historique confronté à une concurrence inédite et à une pression croissante sur les coûts industriels.
Le nouveau directeur général de Cimencam Rachid Yousry arrive au Cameroun dans un secteur profondément transformé. Longtemps leader, la filiale de LafargeHolcim évolue désormais dans un marché fragmenté où se côtoient Dangote Cement, Cimaf, Mira Company, Medcem ou encore Cimpor. La demande nationale avoisine 7 millions de tonnes, mais les capacités cumulées des industriels se rapprochent dangereusement de ce niveau, installant une pression structurelle sur les prix. Dans ce contexte, la montée en puissance de l’usine de Figuil, qui porte la capacité de Cimencam à 2,3 millions de tonnes, constitue autant un atout industriel qu’un risque économique : produire plus n’a de sens que si l’entreprise parvient à écouler ses volumes sans sacrifier ses marges. Le défi de Rachid Yousry sera donc d’éviter la banalisation du ciment en simple commodité soumise à une guerre tarifaire.
Maintenir les prix
Son premier chantier sera logistique. Au Cameroun, le coût réel d’une tonne de ciment dépend moins de l’usine que de la route, du port et des contrôles administratifs. L’anticipation de sa rencontre avec la direction générale des Douanes avant même sa prise de fonction en dit long : la compétitivité se joue dans la fluidité des flux de clinker, de gypse et de combustibles. Entre congestion portuaire à Douala, corridors routiers vers le Grand Nord et sécurisation des recettes publiques, la supply chain devient un levier stratégique. Or, l’expérience ivoirienne du dirigeant lui a déjà appris qu’en Afrique de l’Ouest et centrale, la performance industrielle se gagne souvent hors de l’usine. Son aptitude à réduire les délais logistiques déterminera directement la capacité de Cimencam à tenir ses prix face aux importations et aux concurrents mieux positionnés géographiquement.
Rachid Yousry devra également arbitrer entre industrialisation et rentabilité. L’outil de production de Cimencam est aujourd’hui densifié : Bonabéri, Nomayos et Figuil forment un réseau cohérent mais coûteux en énergie et en maintenance. Dans un contexte de tension sur l’électricité et le fuel industriel, la question n’est plus seulement de produire, mais de produire au bon coût marginal. Les nouveaux entrants, parfois plus récents technologiquement ou spécialisés dans le broyage, peuvent opérer avec des charges plus légères. La mission du nouveau DG consistera donc à transformer un avantage historique — l’intégration industrielle — en avantage économique, en optimisant la performance énergétique et la planification commerciale pour éviter les surcapacités.
Enfin, l’enjeu sera stratégique : repositionner Cimencam dans un marché devenu commercial avant d’être industriel. La distribution, la proximité client et la segmentation des produits (mortiers, ciments spécialisés, marchés publics) deviennent décisives. Le groupe LafargeHolcim attend de son nouveau dirigeant qu’il protège les parts de marché sans dégrader la profitabilité, un équilibre délicat dans une industrie où la croissance dépend largement des programmes publics d’infrastructures et du dynamisme immobilier. Plus que la gestion d’une cimenterie, la mission de Rachid Yousry s’apparente désormais à celle d’un opérateur d’écosystème : gérer simultanément production, logistique, réseau commercial et relations institutionnelles pour maintenir la rentabilité d’un leader confronté à la fin de son monopole de fait.
