BGFI Holding Corporation, la maison mère de BGFIBank, a prolongé jusqu’au 7 février 2026 son appel public à l’épargne, faute d’avoir mobilisé les 125,88 milliards FCFA recherchés.
BGFI Holding Corporation (BHC), maison mère du groupe BGFIBank, n’a pas réussi à boucler dans les délais initiaux son appel public à l’épargne lancé le 10 novembre 2025. Prévue pour s’achever le 24 décembre, l’opération a été prorogée jusqu’au 7 février 2026, faute d’avoir mobilisé l’intégralité des 125,88 milliards FCFA recherchés pour une augmentation de capital de 10 %.
Pourtant, l’offre publique de vente d’actions lancée par BGFI Holding Corporation (BHC) devait marquer un tournant pour le marché financier de la CEMAC. En pratique, l’opération révèle surtout les fragilités persistantes d’un marché encore peu armé pour absorber des levées de fonds en capital de grande envergure. Faute d’avoir mobilisé l’enveloppe recherchée dans les délais initiaux, le report envisagé s’annonce lourd de sens pour un groupe pourtant considéré comme l’un des piliers du système bancaire régional.
Contraintes opérationnelles
Dans son communiqué, BHC invoque des « contraintes opérationnelles et calendaires propres au marché » pour justifier cette prorogation de six semaines. Mais dans les faits, cette extension traduit une réalité plus prosaïque : la souscription n’a pas atteint le niveau attendu pour une augmentation de capital de 10 %, pourtant destinée à soutenir la stratégie de croissance du groupe et son introduction en Bourse à la BVMAC. Pour un émetteur de la stature de BGFIBank, leader bancaire en zone CEMAC et présent dans douze pays africains et européens, l’exercice interroge.
Sur le papier, le profil financier du groupe avait de quoi rassurer. Avec un total de bilan proche de 6 000 milliards FCFA en 2024 et un résultat net estimé à 122 milliards FCFA, BGFIBank affiche des fondamentaux solides. Le plan stratégique communiqué aux investisseurs vise un total de bilan de 8 000 milliards FCFA à l’horizon 2030, porté par l’expansion géographique, la montée en puissance de certains marchés et le renforcement des métiers à forte valeur ajoutée. Pour maximiser les chances de succès, BHC s’est entourée d’un syndicat de placement particulièrement large, réunissant 29 sociétés de bourse et établissements bancaires. Malgré cet important dispositif, la collecte n’a pas suivi le rythme espéré.
Le premier facteur explicatif réside dans la faible profondeur du marché financier de la CEMAC. Avec près de 126 milliards FCFA recherchés, BHC signe la plus importante offre publique d’actions jamais lancée dans la sous-région. Or, si le marché a montré une certaine capacité à absorber des émissions obligataires de taille comparable, le raisonnement ne s’applique pas mécaniquement aux titres de participation. « Une banque peut souscrire à une obligation émise par un concurrent, mais elle n’a pas vocation à entrer à son capital », résume un acteur du syndicat de placement. Ce verrou structurel prive l’opération d’une source majeure de liquidité.
Dès lors, la collecte repose essentiellement sur les investisseurs institutionnels non bancaires, les assureurs, les grandes entreprises et les particuliers fortunés. Un univers encore étroit dans une zone où la culture boursière reste limitée et où l’épargne financière est largement orientée vers des produits perçus comme plus sûrs ou plus liquides. Plusieurs intermédiaires soulignent que l’opération aurait nécessité un effort de pédagogie plus long pour convaincre des investisseurs encore peu familiers avec les logiques de détention d’actions bancaires.
Plafond de souscriptions
La question du rendement a également pesé sur les arbitrages. À un prix d’introduction fixé à 80 000 FCFA, BHC projette un dividende net par action de 1 893 FCFA en 2026, 2 167 FCFA en 2027 et 3 025 FCFA à l’horizon 2030. Rapportés au prix du titre, ces niveaux offrent un rendement jugé modeste à court et moyen terme par une partie des investisseurs. Dans un marché où plusieurs obligations souveraines ou privées proposent des taux annuels attractifs et prévisibles, l’action BGFI apparaît davantage comme un placement de long terme que comme un produit de rendement immédiat. « Certains titres déjà cotés à la BVMAC offrent aujourd’hui une meilleure visibilité sur le rendement », confie un agent placeur, citant notamment des valeurs industrielles ou assurantielles.
Les conditions de souscription ont aussi contribué à ralentir la dynamique. Le plafond initial fixé à 630 millions FCFA par investisseur institutionnel, destiné à éviter une concentration excessive du capital, a été perçu comme trop restrictif au regard de la taille de l’opération. Plusieurs investisseurs disposés à s’engager davantage ont préféré temporiser, estimant que leur effort serait marginal au regard du montant global recherché. La levée ultérieure de cette limitation est intervenue tardivement, alors que la dynamique de marché était déjà affaiblie.
À ces facteurs s’ajoutent des interrogations plus diffuses liées à la gouvernance. Le cumul passé des fonctions de président-directeur général de BGFIBank et de ministre de l’Économie du Gabon par Henri-Claude Oyima, bien que juridiquement clos, a nourri certaines réserves. Pour une frange du marché, la question porte moins sur la personne que sur la capacité du groupe à maintenir sa trajectoire stratégique et sa performance sans une figure centrale historiquement associée à son développement.
