Placée sous administration puis sous régime de résolution depuis 2022, Afriland First Bank RDC continue de voir sa situation financière se dégrader. Selon des données de la Banque centrale du Congo relayées par Bankable Africa, l’établissement a clôturé 2025 avec un produit net bancaire négatif et des fonds propres largement déficitaires.
La situation financière de Afriland First Bank RDC reste fortement dégradée, près de trois ans après sa mise sous administration provisoire puis sous régime de résolution par la Banque centrale du Congo (BCC). Selon des données arrêtées à fin décembre 2025 et rapportées par Bankable Africa, la banque affiche un produit net bancaire (PNB) négatif de 4,68 millions de dollars, alors que l’ensemble du système bancaire congolais a généré un PNB positif de 2,24 milliards de dollars sur la même période. Dans l’industrie bancaire, le PNB constitue l’indicateur central de la performance opérationnelle, regroupant notamment la marge d’intérêt sur les crédits, les commissions et les résultats des opérations financières. Un niveau négatif signifie que les charges liées à l’activité excèdent désormais les revenus générés.
Les fragilités apparaissent également dans la structure du bilan. À fin 2025, les dépôts de la clientèle d’Afriland First Bank RDC s’établissent à 124,9 millions de dollars, tandis que l’encours brut de crédits atteint 175 millions de dollars. Mais seule une fraction limitée de ce portefeuille reste performante : les créances saines ne représentent que 37,8 millions de dollars, soit 21,6 % du total. La banque a ainsi dû constituer des provisions pour créances douteuses atteignant 131,9 millions de dollars. Dans le même temps, l’établissement a progressivement perdu certains marchés publics stratégiques, notamment le paiement des enseignants et des frais de fonctionnement d’établissements scolaires dans plusieurs entités du pays. Ce portefeuille concernait plus de 29 000 agents et un flux mensuel d’environ 12 milliards de francs congolais, dont la perte a pesé sur les commissions bancaires.
Au total, la banque a terminé l’exercice 2025 avec une perte nette de 50,4 millions de dollars et des fonds propres négatifs de 116,9 millions de dollars, accentuant ses besoins de recapitalisation alors que le capital minimum exigé pour les banques en RDC est fixé à 50 millions de dollars depuis janvier 2025. L’établissement appartient majoritairement au groupe camerounais Afriland First Group, contrôlé par l’homme d’affaires Paul Kammogne Fokam, qui conteste la gestion du dossier par les autorités congolaises. La holding affirme avoir été évincée du capital de la banque et a engagé une procédure devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), estimant avoir fait l’objet d’une expropriation. Pendant ce temps, la procédure de résolution bancaire se poursuit, avec la possibilité pour les autorités de restructurer l’établissement, y compris par l’ouverture du capital ou la cession d’actifs.
