La stratégie judiciaire de Vincent Bolloré connaît un nouveau coup d’arrêt. La Cour de cassation a décidé de ne pas admettre, « en l’état », le pourvoi formé par l’industriel breton, mis en examen depuis 2018 pour corruption dans l’attribution de concessions portuaires au Togo et en Guinée. Une décision qui relance mécaniquement le cours de l’instruction et rapproche un peu plus la perspective d’un procès public, selon France 3 Région.
Dans une ordonnance rendue le lundi 26 janvier 2026, consultée par l’Agence France-Presse, la chambre criminelle estime que « ni l’intérêt de l’ordre public, ni celui d’une bonne administration de la justice ne commandent l’examen immédiat du pourvoi ». Autrement dit, la haute juridiction refuse de se prononcer à ce stade, jugeant prématurée toute intervention avant une décision sur le fond.
Cette non-admission n’enterre pas définitivement le recours de Vincent Bolloré. Elle signifie en revanche que la procédure judiciaire reprend son cours normal devant les juges d’instruction, le pourvoi pouvant être réexaminé ultérieurement, une fois l’affaire tranchée au fond. Sollicités, les avocats de l’homme d’affaires n’ont pas souhaité réagir.
Ouverte dès 2013, l’enquête est instruite à Paris par des magistrats financiers. Fin 2025, la cour d’appel de Paris avait déjà largement validé la régularité de la procédure, concédant au camp Bolloré uniquement la suppression de certaines pièces et passages du dossier, sans remettre en cause l’ossature de l’accusation.
Soupçons de corruption
Au cœur de l’affaire, les soupçons de corruption active d’agents publics étrangers. Les juges estiment que le groupe Bolloré aurait utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Euro RSCG — devenue depuis Havas — pour accompagner des campagnes présidentielles en 2010 au Togo et en Guinée, en contrepartie de l’attribution des concessions portuaires de Lomé et Conakry à Bolloré Africa Logistics, alors opérant sous le nom SDV.
En 2021, dans une tentative d’éviter un procès long et médiatisé, Vincent Bolloré, Gilles Alix — ancien directeur général du groupe — et Jean-Philippe Dorent — ex-directeur international de Havas — avaient reconnu les faits dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), acceptant une amende de 375 000 euros chacun. Mais le tribunal avait refusé d’homologuer cet accord, renvoyant l’affaire à l’instruction. Une décision que l’industriel n’a cessé de contester, multipliant les recours, dont ce pourvoi en cassation aujourd’hui écarté.
Parallèlement, le groupe Bolloré a conclu une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP), acceptant de verser 12 millions d’euros d’amende en échange de l’abandon des poursuites à son encontre. Ce mécanisme, introduit en 2016, permet aux entreprises d’éviter un procès pénal moyennant une sanction financière et des engagements de conformité.
Sur le plan pénal, le dossier reste néanmoins lourd pour les dirigeants. En juin 2024, le parquet national financier a requis un procès pour corruption active d’agent public étranger contre Vincent Bolloré et Gilles Alix, ainsi que des poursuites pour abus de confiance et complicité d’abus de confiance.
Pour les parties civiles, la décision de la Cour de cassation marque un tournant. « Elle ouvre la voie à un possible procès public », s’est félicité auprès de l’AFP Me Jérôme Karsenti, avocat des associations Anticor et Sherpa. Désormais, les juges d’instruction disposent d’un champ judiciaire dégagé pour rendre leur ordonnance de règlement, qui dira si l’un des dossiers les plus emblématiques des liens entre grandes entreprises françaises et pouvoir politique en Afrique débouchera, enfin, sur un procès.
